Fiscalité des MRE au Maroc : guide complet 2026
Près de 6 millions de Marocains vivent à l'étranger et transfèrent chaque année plus de 115 milliards de dirhams vers le pays. Pourtant, peu maîtrisent leur situation fiscale réelle. Voici ce qui est imposable, ce qui ne l'est pas, et comment optimiser légalement.

La fiscalité des MRE repose d'abord sur la notion de résidence fiscale. Illustration originale : AffaireMaroc.
À retenir
Un MRE non-résident fiscal n'est imposé au Maroc que sur ses revenus de source marocaine (loyers, dividendes, plus-values immobilières). Les salaires et pensions perçus à l'étranger ne sont pas taxés au Maroc. Les comptes en dirhams convertibles et en devises permettent de rapatrier et de re-transférer librement. Le Maroc a signé plus de 60 conventions de non-double imposition. Les transferts d'argent reçus par la famille ne sont jamais imposables.
Ce qui est imposable au Maroc pour un MRE en 2026
Le principe de territorialité de l'impôt distingue nettement les revenus de source marocaine, taxables au Maroc, des revenus étrangers d'un non-résident, non taxables.
| Type de revenu | Source | Imposable au Maroc ? | Taux indicatif 2026 |
|---|---|---|---|
| Salaire perçu à l'étranger | Étrangère | Non | 0% |
| Pension de retraite étrangère | Étrangère | Non | 0% |
| Loyers d'un bien au Maroc | Marocaine | Oui | 10 – 38% |
| Dividendes d'actions marocaines | Marocaine | Oui (retenue) | 12,5% |
| Plus-value cession immobilière | Marocaine | Oui | 20% (min. 3%) |
| Intérêts compte en devises | Marocaine | Exonéré | Exonéré |
| Transfert reçu par la famille | Étrangère | Non | 0% |
Données indicatives 2026 · Code Général des Impôts, Direction Générale des Impôts. Les taux sur loyers dépendent du barème de l'IR.
La résidence fiscale, le point de départ de tout
Quand un MRE me demande s'il doit payer des impôts au Maroc, ma première question est toujours la même : où est votre résidence fiscale ? C'est elle qui détermine tout le reste. Le Code Général des Impôts retient quatre critères, et un seul suffit pour être considéré résident.
Vous êtes résident fiscal au Maroc si vous y avez votre foyer permanent d'habitation, le centre de vos intérêts économiques, ou si vous y séjournez plus de 183 jours sur une période de 365 jours. À l'inverse, un Marocain installé durablement à Paris, Bruxelles ou Montréal, qui travaille et vit là-bas, est non-résident fiscal au Maroc, même s'il garde la nationalité marocaine et un appartement à Casablanca.
Cette distinction change tout. Le résident est imposé sur ses revenus mondiaux. Le non-résident n'est imposé que sur ses revenus de source marocaine. La grande majorité des MRE entrent dans cette seconde catégorie, et c'est une bonne nouvelle pour eux.
Les revenus étrangers ne sont pas taxés au Maroc
C'est le malentendu le plus répandu. Un MRE salarié en France ne déclare pas son salaire français à la Direction Générale des Impôts marocaine. Sa pension de retraite allemande, ses revenus d'un commerce ouvert en Espagne, ses intérêts d'un livret belge : rien de tout cela n'est imposable au Maroc tant qu'il reste non-résident.
Prenons un cas concret. Fatima vit à Lyon, gagne 2 800 euros nets par mois et envoie 4 000 dirhams mensuels à ses parents à Fès. Elle ne doit aucun impôt marocain sur son salaire, et ses parents ne paient aucun impôt sur les sommes reçues. Le transfert familial n'est jamais un revenu imposable. C'est un point que je rappelle souvent, car certaines familles s'inquiètent à tort.
Ce qui reste imposable : les revenus de source marocaine
Le MRE qui possède un bien au Maroc et le loue génère un revenu foncier de source marocaine. Ce loyer entre dans le barème de l'impôt sur le revenu, après un abattement de 40% appliqué au revenu brut. Au-delà de cet abattement, le barème progressif s'applique, de 0 à 38% selon la tranche.
Exemple : un studio à Casablanca loué 5 000 DH par mois génère 60 000 DH par an. Après l'abattement de 40%, la base imposable tombe à 36 000 DH. Le MRE déclare ce montant et acquitte l'impôt correspondant, souvent modeste après application des tranches basses. La déclaration se fait en ligne sur le portail de la DGI.
Comptes en dirhams convertibles et comptes en devises
C'est l'outil financier central du MRE, et trop peu l'exploitent vraiment. L'Office des Changes autorise les non-résidents à ouvrir deux types de comptes spécifiques dans les banques marocaines.
Le compte en devises conserve vos fonds dans la monnaie d'origine (euro, dollar, livre). Vous y logez vos économies sans risque de change, et vous pouvez les rapatrier à l'étranger à tout moment, librement. Les intérêts produits sont exonérés d'impôt au Maroc.
Le compte en dirhams convertibles reçoit des devises que la banque convertit en dirhams, tout en gardant la garantie de retransfert. Concrètement, vous pouvez à tout moment reconvertir le solde en devises et le renvoyer vers l'étranger, sans autorisation préalable. C'est ce qu'on appelle la garantie de transférabilité, réservée aux non-résidents.
Cette mécanique est précieuse. Elle permet d'investir au Maroc (immobilier, bourse, dépôt à terme) tout en conservant la possibilité de récupérer son capital en devises le jour où l'on en a besoin à l'étranger. Pour comparer les solutions de transfert vers ces comptes, voyez notre guide des transferts d'argent au Maroc.
Les exonérations réservées aux MRE
L'État marocain a multiplié les incitations pour attirer l'épargne de la diaspora. Plusieurs exonérations méritent d'être connues.
Les intérêts des comptes en devises et en dirhams convertibles sont exonérés d'impôt. Les dividendes distribués par des sociétés marocaines à des non-résidents subissent une retenue à la source de 12,5% (taux abaissé ces dernières années), souvent réduite davantage par les conventions fiscales. Sur l'investissement en logement, certains dispositifs d'exonération de la plus-value s'appliquent quand le bien constitue l'habitation principale occupée depuis plus de six ans, y compris pour un MRE qui revient s'installer.
Pour qui souhaite préparer son retour ou sa retraite au pays, ces mécanismes se combinent avec le régime des pensions. Notre dossier sur la retraite au Maroc (CIMR, CNSS) détaille la fiscalité applicable aux pensions une fois la résidence transférée.
La convention de non-double imposition
Le Maroc a signé plus de 60 conventions fiscales bilatérales, dont avec la France, la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie, le Canada et les pays du Golfe. Leur objectif : éviter qu'un même revenu soit taxé deux fois, une fois dans le pays de résidence et une fois au Maroc.
Le principe général est qu'un revenu immobilier est imposable dans le pays où se situe le bien. Un loyer marocain est donc taxé au Maroc, et le pays de résidence en tient compte par un crédit d'impôt ou une exonération, selon la convention. Pour les dividendes et intérêts, la convention plafonne souvent la retenue marocaine et permet de l'imputer sur l'impôt étranger.
En pratique, je conseille toujours de garder les justificatifs des impôts payés au Maroc (avis d'imposition, attestations de retenue). Ce sont eux qui permettent de faire valoir le crédit d'impôt dans le pays de résidence et d'éviter la double imposition réelle.
Rapatriement et investissement au Maroc
Le MRE qui souhaite investir au pays bénéficie d'un cadre favorable. L'achat immobilier financé en devises rapatriées via un compte convertible ouvre droit à la garantie de retransfert du produit de revente et des loyers. Autrement dit, vous pouvez revendre votre bien des années plus tard et récupérer le capital en euros ou en dollars.
Le même principe vaut pour la bourse et les placements. Un MRE peut acheter des actions à la Bourse de Casablanca via un compte convertible et rapatrier ensuite les plus-values et dividendes. Pour les démarches d'investissement à distance, notre guide entreprendre au Maroc depuis l'étranger couvre la création de société et la domiciliation des fonds.
Droits de succession : un atout marocain
Beaucoup de MRE s'inquiètent de la transmission de leur patrimoine. Sur ce point, le Maroc se distingue nettement de la France ou de la Belgique. Il n'existe pas, à proprement parler, d'impôt sur les successions et donations entre proches au Maroc comme dans ces pays.
La transmission d'un bien immobilier par héritage entre ascendants et descendants ne supporte pas de droits de succession au sens européen. Les frais se limitent essentiellement aux droits d'enregistrement et de conservation foncière liés au transfert de propriété, calculés sur la valeur du bien, à des taux bien inférieurs aux barèmes successoraux européens.
Attention toutefois : si vous êtes résident fiscal d'un pays qui taxe la succession mondiale (comme la France), le bien marocain peut entrer dans l'assiette de ce pays. La convention fiscale et le droit international privé règlent alors la répartition. Un notaire spécialisé dans les successions transfrontalières est ici indispensable pour les patrimoines significatifs.
Cas pratique chiffré : un MRE propriétaire à Casablanca
Karim, ingénieur à Francfort, possède deux appartements à Casablanca, l'un occupé par sa mère, l'autre loué 6 500 DH par mois. Il perçoit aussi 30 000 DH de dividendes annuels d'un portefeuille d'actions marocaines.
Son loyer annuel brut est de 78 000 DH. Après l'abattement de 40%, la base imposable est de 46 800 DH, soumise au barème de l'IR. Ses dividendes de 30 000 DH subissent la retenue à la source de 12,5%, soit 3 750 DH, prélevée directement par la société. Son salaire allemand, lui, reste hors du champ marocain. Grâce à la convention Maroc-Allemagne, l'impôt foncier payé au Maroc est pris en compte côté allemand, évitant la double imposition.
Bilan : Karim acquitte au Maroc l'impôt sur le revenu foncier et la retenue sur dividendes, soit quelques milliers de dirhams par an, tout en plaçant son épargne sur un compte en devises dont les intérêts sont exonérés. Une situation parfaitement optimisée et légale.
Erreurs fréquentes à éviter
Première erreur : ne pas déclarer les loyers marocains en pensant que l'éloignement protège du fisc. La DGI croise désormais les données de la conservation foncière et des banques. La régularisation a posteriori coûte plus cher que la déclaration spontanée.
Deuxième erreur : utiliser un compte en dirhams ordinaire (non convertible) pour loger des fonds destinés à être rapatriés. Sans la qualité de compte convertible, la garantie de retransfert ne joue pas, et le rapatriement devient un parcours administratif. Ouvrez le bon type de compte dès le départ.
Troisième erreur : négliger les justificatifs fiscaux. Sans attestation des impôts payés au Maroc, impossible de faire valoir le crédit d'impôt dans le pays de résidence. Conservez tout. Pour gérer vos paiements et achats à distance, notre guide paiement en ligne au Maroc détaille les cartes adaptées aux non-résidents.
Déclaration, calendrier et démarches en ligne
Le MRE qui perçoit des revenus fonciers marocains doit déposer une déclaration annuelle de revenu global. L'échéance se situe en principe au plus tard le 1er mars de l'année suivant celle des revenus, et la déclaration peut être télétransmise via le portail Simpl de la Direction Générale des Impôts. Plus besoin de se déplacer à un guichet : l'identifiant fiscal et un mot de passe suffisent.
Pour les dividendes, aucune démarche n'est nécessaire : la retenue à la source est opérée et reversée par la société distributrice. Pour la plus-value immobilière, la déclaration et le paiement se font au moment de la cession, devant le notaire, qui calcule et liquide l'impôt. Le taux de droit commun est de 20% de la plus-value nette, avec une cotisation minimale de 3% du prix de cession.
Mon conseil pratique : désignez un mandataire fiscal au Maroc, souvent un comptable ou un proche de confiance muni d'une procuration. Il pourra accomplir les formalités, recevoir les courriers de l'administration et éviter qu'un retard ne se transforme en pénalité. Le coût d'un suivi comptable léger, de quelques centaines de dirhams par an, se rentabilise vite.
Le retour définitif : ce qui change fiscalement
Le jour où un MRE décide de rentrer s'installer au Maroc, sa situation bascule. Il redevient résident fiscal et, à ce titre, ses revenus mondiaux deviennent en principe imposables au Maroc, sous réserve des conventions. C'est une étape qui se prépare en amont, idéalement avec un conseil.
Bonne nouvelle : le législateur a prévu un régime de faveur pour les retraités étrangers et les MRE de retour. Les pensions de source étrangère transférées au Maroc bénéficient, sous conditions de rapatriement en devises et à titre définitif, d'un abattement spécifique et d'une réduction d'impôt significative. Ce dispositif vise précisément à encourager les MRE à passer leur retraite au pays.
Avant le retour, il est judicieux d'arbitrer son patrimoine : solder ou conserver certains placements étrangers, basculer les liquidités sur un compte en devises ouvert pendant la période de non-résidence, et anticiper la nouvelle assiette imposable. Une transition fiscale bien préparée évite les mauvaises surprises l'année du retour.
Sources officielles
- Direction Générale des Impôts · Code Général des Impôts et barème de l'IR
- Office des Changes · comptes en devises et convertibles, transferts
- Bank Al-Maghrib · réglementation des comptes des non-résidents
Données vérifiées et mises à jour le 11 mai 2026.
Questions fréquentes
Un MRE doit-il déclarer son salaire étranger au Maroc ?
Non. Tant qu'il est non-résident fiscal au Maroc, le MRE n'est imposé que sur ses revenus de source marocaine (loyers, dividendes, plus-values). Son salaire, sa pension et ses placements étrangers échappent à l'impôt marocain.
Les transferts envoyés à la famille sont-ils imposables ?
Non, jamais. Les sommes reçues par un proche au titre d'un soutien familial ne constituent pas un revenu imposable. Ni l'expéditeur ni le destinataire ne doivent d'impôt marocain sur ces transferts.
Quelle différence entre compte en devises et compte en dirhams convertibles ?
Le compte en devises garde vos fonds dans la monnaie d'origine sans risque de change. Le compte en dirhams convertibles convertit les devises en dirhams tout en garantissant le retransfert vers l'étranger. Les deux sont réservés aux non-résidents et leurs intérêts sont exonérés d'impôt.
Y a-t-il des droits de succession au Maroc pour un MRE ?
Le Maroc n'applique pas d'impôt sur les successions entre proches comparable aux barèmes européens. Seuls des droits d'enregistrement et de conservation foncière, à taux réduits, s'appliquent lors du transfert de propriété. Attention toutefois à la fiscalité du pays de résidence, qui peut taxer la succession mondiale.


