Salaire brut net au Maroc : calcul et grille 2026

Entre le salaire annoncé sur le contrat et la somme qui arrive sur le compte, l'écart surprend toujours. Comprendre le passage du salaire brut au net au Maroc, c'est savoir lire ses cotisations CNSS, son AMO et son impôt sur le revenu. Voici la méthode, la grille 2026 et des exemples chiffrés.

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Karim Benjelloun
4 juin 2026 · 13 min de lecture · Mis à jour le 7 juin 2026
· Immobilier et Fiscalité
Bulletin de paie marocain et calculatrice avec des billets en dirhams

Du salaire brut au salaire net : cotisations sociales et impôt sur le revenu. Illustration originale : AffaireMaroc.

À retenir

Le passage du salaire brut au net au Maroc se fait en deux étapes : on retire d'abord les cotisations sociales (CNSS plafonnée à 6 000 DH d'assiette, AMO non plafonnée), puis l'impôt sur le revenu calculé après abattement pour frais professionnels. Le SMIG mensuel s'établit autour de 3 266 DH en 2026 dans l'industrie et les services. Pour un salaire brut de 10 000 DH, le net tourne autour de 8 900 DH. Plus le salaire est élevé, plus le poids de l'IR augmente, car le barème est progressif jusqu'à 37%.

Grille de conversion du salaire brut au net au Maroc en 2026

Estimation pour un salarié du secteur privé sans CIMR ni primes, en appliquant les cotisations CNSS et AMO puis l'impôt sur le revenu. Les montants sont indicatifs et arrondis au dirham.

Salaire brut mensuelCotisations CNSS + AMOImpôt sur le revenuSalaire net estiméTaux net/brut
3 000 DH202 DH0 DH2 798 DH93%
5 000 DH337 DH0 DH4 663 DH93%
8 000 DH450 DH277 DH7 273 DH91%
10 000 DH495 DH602 DH8 903 DH89%
15 000 DH608 DH2 068 DH12 324 DH82%
20 000 DH721 DH3 771 DH15 508 DH78%

Estimations indicatives 2026 · barème IR et taux de cotisation, Direction Générale des Impôts et CNSS. Hors CIMR, allocations familiales et primes imposables.

Pourquoi le salaire net est toujours inférieur au brut

Quand un nouveau salarié me montre son contrat et me demande pourquoi il ne touche pas la somme inscrite, ma réponse tient en deux mots : cotisations et impôt. Le salaire brut est le point de départ théorique. Le salaire net, lui, est ce qui reste après les prélèvements obligatoires. Cet écart n'a rien d'anormal, il est même le signe d'une couverture sociale et fiscale en règle.

Au Maroc, deux grandes familles de prélèvements expliquent la différence. D'un côté les cotisations sociales, versées à la CNSS et au régime d'assurance maladie obligatoire. De l'autre l'impôt sur le revenu, retenu à la source par l'employeur et reversé à l'administration fiscale. La logique du calcul du salaire net au Maroc est toujours la même, quel que soit le niveau de rémunération.

Il faut aussi distinguer le brut du « super-brut », c'est-à-dire le coût total pour l'employeur. Ce dernier paie des cotisations patronales bien plus lourdes que les vôtres, mais elles n'apparaissent pas sur votre bulletin de paie. Ce qui nous intéresse ici, c'est le chemin entre le brut figurant sur le contrat et le net déposé sur votre compte.

Les cotisations CNSS sur le salaire, première déduction

La première retenue, ce sont les cotisations CNSS salariales. La Caisse Nationale de Sécurité Sociale couvre les prestations à court et long terme : indemnités journalières, allocations familiales, pension de retraite de base. La part salariale s'élève à 4,48% du salaire brut, mais avec une particularité importante : l'assiette est plafonnée à 6 000 DH par mois.

Concrètement, au-delà de 6 000 DH de salaire, la cotisation CNSS n'augmente plus. Elle se fige à 268,80 DH par mois (4,48% de 6 000 DH). Un salarié qui gagne 6 000 DH et un autre qui gagne 25 000 DH versent exactement la même cotisation CNSS. C'est le principe du plafonnement, propre aux régimes de base.

À cette cotisation s'ajoute l'AMO, l'assurance maladie obligatoire. Sa part salariale est de 2,26% du salaire brut, et cette fois sans plafond. Plus le salaire grimpe, plus la cotisation AMO grimpe avec lui. C'est elle qui finance le remboursement des soins, l'hospitalisation et les médicaments. Pour comprendre comment ces prélèvements alimentent ensuite votre pension, notre dossier sur la retraite au Maroc (CIMR, CNSS) détaille les droits acquis.

L'impôt sur le revenu, deuxième déduction

Une fois les cotisations sociales retirées, l'employeur calcule l'impôt sur le revenu, l'IR. C'est lui qui creuse l'écart entre brut et net sur les salaires élevés, car le barème est progressif. Plus on monte dans les tranches, plus le taux marginal augmente.

Mais attention : l'IR ne se calcule pas sur le salaire brut entier. On retire d'abord un abattement pour frais professionnels, censé couvrir les dépenses liées au travail. Cet abattement est de 35% du salaire brut pour les rémunérations modestes et de 25% au-delà d'un certain seuil, le tout plafonné à 35 000 DH par an. On déduit aussi les cotisations sociales obligatoires. Le résultat est le « net imposable », la base réelle de l'impôt.

Ce net imposable est ensuite passé dans le barème de l'IR. Et c'est là qu'intervient une réforme importante : le barème a été révisé pour alléger la pression sur les bas et moyens salaires. Toute augmentation de salaire net dépend directement de ce barème, puisqu'un dirham supplémentaire de brut peut être taxé à un taux marginal plus élevé que le précédent.

Barème de l'impôt sur le revenu salarial en 2026

Barème annuel applicable aux revenus salariaux, après abattement pour frais professionnels et déduction des cotisations sociales. La somme à déduire simplifie le calcul direct de l'impôt.

Tranche de revenu net annuelTauxSomme à déduire
0 à 40 000 DH0%0 DH
40 001 à 60 000 DH10%4 000 DH
60 001 à 80 000 DH20%10 000 DH
80 001 à 100 000 DH30%18 000 DH
100 001 à 180 000 DH34%22 000 DH
Au-delà de 180 000 DH37%27 400 DH

Barème indicatif 2026 · Direction Générale des Impôts. La première tranche exonérée a été relevée à 40 000 DH et le taux marginal supérieur ramené à 37%.

Le SMIG et le SMAG au Maroc en 2026

Le SMIG, salaire minimum interprofessionnel garanti, fixe le plancher légal de rémunération dans l'industrie, le commerce et les services. Après les revalorisations négociées dans le cadre du dialogue social, le SMIG horaire avoisine 17,10 DH, ce qui porte le SMIG mensuel autour de 3 266 DH pour une durée légale de 191 heures par mois.

Le SMAG, son équivalent agricole, reste inférieur. Il s'établit autour de 93 DH par journée de travail, soit un mensuel proche de 2 193 DH. L'objectif affiché des pouvoirs publics est de rapprocher progressivement le SMAG du SMIG, un chantier engagé mais non encore achevé en 2026.

Pour un salarié payé au SMIG, le net reste très proche du brut, car l'impôt sur le revenu est nul à ce niveau. Les seules retenues sont les cotisations CNSS et AMO, soit un peu plus de 6,7% du salaire brut. Un SMIG brut de 3 266 DH laisse ainsi un net d'environ 3 047 DH. C'est le b.a.-ba du calcul du salaire net au Maroc pour les rémunérations basses.

Calcul détaillé : un salaire brut de 10 000 DH

Prenons un cas concret, celui d'un cadre débutant à Casablanca payé 10 000 DH brut. Première étape, les cotisations sociales. La CNSS plafonnée donne 268,80 DH. L'AMO à 2,26% sur 10 000 DH donne 226 DH. Total des cotisations salariales : 494,80 DH.

Deuxième étape, le net imposable. On retire l'abattement pour frais professionnels de 25% (le salaire dépasse le seuil bas), soit 2 500 DH, puis les cotisations de 494,80 DH. Le net imposable mensuel ressort à environ 7 005 DH, soit 84 062 DH sur l'année.

Troisième étape, l'IR. Ce revenu tombe dans la tranche des 30%. Après application du taux et de la somme à déduire, l'impôt mensuel s'établit autour de 602 DH. Le salaire net final est donc de 10 000 − 494,80 − 602, soit environ 8 903 DH. Le taux net/brut est de 89%, un repère utile pour ce niveau de salaire.

4,48%CNSS salariale (plafond 6 000 DH)
2,26%AMO salariale (sans plafond)
37%Taux marginal supérieur de l'IR

Calcul détaillé : un salaire brut de 20 000 DH

Montons d'un cran avec un salaire brut de 20 000 DH, typique d'un cadre confirmé. La CNSS reste figée à 268,80 DH grâce au plafond. L'AMO, elle, grimpe à 452 DH (2,26% de 20 000). Total des cotisations : 720,80 DH.

L'abattement pour frais professionnels atteint son plafond annuel de 35 000 DH, soit environ 2 917 DH par mois. Le net imposable ressort autour de 16 362 DH par mois. Ce montant tombe dans la dernière tranche, taxée à 37%. L'impôt mensuel avoisine 3 771 DH.

Le net final est de 20 000 − 720,80 − 3 771, soit environ 15 508 DH. Le taux net/brut chute à 78%. On voit nettement l'effet de la progressivité : sur les hauts salaires, l'impôt pèse beaucoup plus lourd que les cotisations sociales, dont l'essentiel est plafonné.

L'augmentation de salaire et le barème de l'IR

Beaucoup de salariés sont déçus en découvrant qu'une augmentation de salaire au Maroc se traduit par un gain net inférieur à ce qu'ils espéraient. La raison tient au barème progressif. Si votre dernier dirham de revenu est déjà taxé à 34 ou 37%, une augmentation de 1 000 DH brut ne vous rapporte qu'environ 600 à 630 DH net, une fois l'IR et l'AMO prélevés.

Ce n'est pas une raison pour refuser une hausse, bien sûr : un gain net reste un gain. Mais cela explique pourquoi les négociations salariales raisonnent de plus en plus en net. Demander une augmentation de salaire en net, et laisser l'employeur calculer le brut correspondant, évite les malentendus.

Autre levier souvent négligé : les éléments non imposables ou partiellement exonérés, comme certaines indemnités de transport, de panier ou de représentation, dans les limites fixées par l'administration. Bien structurée, une rémunération peut offrir un net supérieur à brut égal. C'est un point que je conseille toujours d'aborder lors de l'embauche, au même titre que le droit du travail au Maroc et les clauses du contrat.

CIMR et retraite complémentaire : un net plus bas, une pension plus haute

Notre grille de conversion ignore volontairement la CIMR, la Caisse Interprofessionnelle Marocaine de Retraite, car elle est facultative et varie d'une entreprise à l'autre. Quand elle existe, la cotisation salariale CIMR, souvent comprise entre 3 et 6% du salaire, vient réduire encore le net mensuel.

Ce n'est pas une perte sèche. La CIMR construit une retraite complémentaire qui s'ajoute à la pension CNSS de base, souvent insuffisante pour maintenir le niveau de vie. Un salarié qui cotise à la CIMR voit son net diminuer aujourd'hui mais sa pension augmenter demain. C'est un arbitrage entre pouvoir d'achat immédiat et sécurité future.

Sur un bulletin de paie complet, on trouve donc potentiellement quatre lignes de retenues : CNSS, AMO, CIMR et IR. Savoir les lire une à une est le meilleur moyen de vérifier que son employeur applique les bons taux et que le net versé correspond bien au calcul théorique.

Cas pratique : comparer deux offres d'emploi

Imaginons Salma, ingénieure, qui hésite entre deux offres. La première propose 14 000 DH brut sans avantages. La seconde affiche 13 000 DH brut, mais avec une indemnité de transport exonérée de 500 DH et une mutuelle complémentaire prise en charge.

Sur la première offre, le net tourne autour de 11 600 DH. Sur la seconde, le brut imposable est plus bas, l'indemnité exonérée s'ajoute en net, et la mutuelle réduit ses dépenses de santé. Le net en poche peut être très proche, voire supérieur, malgré un brut affiché inférieur de 1 000 DH.

La leçon est simple : ne jamais comparer deux salaires sur le seul chiffre du brut. C'est le net réel, augmenté des avantages exonérés et de la couverture sociale, qui compte. Une augmentation de salaire au Maroc bien négociée joue autant sur la structure que sur le montant brut.

Vérifier son bulletin de paie

Dernier conseil, et non des moindres : relisez votre bulletin chaque mois. Vérifiez que l'assiette CNSS ne dépasse pas 6 000 DH, que le taux AMO est bien de 2,26%, et que l'abattement pour frais professionnels a été appliqué avant le calcul de l'IR. Les erreurs d'arrondi ou de taux ne sont pas rares, surtout dans les petites structures.

En cas de doute, la CNSS et la Direction Générale des Impôts publient les taux officiels en vigueur. Un écart persistant mérite une discussion avec le service paie. Connaître le mécanisme de passage du salaire brut au net, c'est se donner les moyens de défendre sa rémunération en toute connaissance de cause. Pour les dirigeants et entrepreneurs qui versent ces salaires, notre guide des impôts d'entreprise au Maroc détaille les obligations de l'employeur côté charges.

Sources officielles

Données vérifiées et mises à jour le 7 juin 2026.

Questions fréquentes

Comment calculer son salaire net à partir du brut au Maroc ?

On retire d'abord les cotisations sociales : 4,48% de CNSS sur une assiette plafonnée à 6 000 DH, plus 2,26% d'AMO sans plafond. On calcule ensuite l'impôt sur le revenu sur le net imposable, obtenu après abattement pour frais professionnels (25 à 35%, plafonné à 35 000 DH par an) et déduction des cotisations. Le salaire net est le brut diminué des cotisations et de l'IR.

Quel est le SMIG au Maroc en 2026 ?

Le SMIG horaire avoisine 17,10 DH, soit un SMIG mensuel d'environ 3 266 DH pour 191 heures de travail dans l'industrie, le commerce et les services. Le SMAG agricole reste plus bas, autour de 2 193 DH par mois. À ce niveau, l'impôt sur le revenu est nul et le net est proche du brut, à environ 3 047 DH pour un SMIG.

Pourquoi mon augmentation de salaire rapporte-t-elle peu en net ?

Parce que le barème de l'IR est progressif. Si votre revenu est déjà dans une tranche à 34 ou 37%, chaque dirham supplémentaire est taxé à ce taux marginal. Une augmentation de salaire de 1 000 DH brut ne se traduit alors que par 600 à 630 DH net environ, après IR et AMO. Le changement de salaire net dépend toujours du barème applicable.

Les cotisations CNSS sont-elles plafonnées ?

Oui pour la part retraite et prestations sociales : l'assiette de la CNSS salariale (4,48%) est plafonnée à 6 000 DH par mois, soit une cotisation maximale de 268,80 DH. L'AMO (2,26%), en revanche, s'applique sur la totalité du salaire sans plafond. Un haut salaire paie donc proportionnellement plus d'AMO que de CNSS.

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Karim Benjelloun Journaliste économique, ancien analyste à la Bourse de Casablanca. Couvre depuis dix ans l'investissement, la fiscalité et la finance d'entreprise au Maroc. Lire sa bio →